Dorothee louessard

La rue n’a pas d’âge

Publié dans Billets d'humeur, Reportages by dorotheelouessard sur février 18th, 2008

Zéro degré à Paris, un samedi après-midi de février. Malgré le froid, le quartier de l’Opéra et ses grands magasins est bondé de monde. Les gens arpentent les trottoirs des paquets pleins les mains. Ils se bousculent, mais sont beaucoup trop pressés d’entrer dans le prochain magasin pour s’excuser.

Parmi la foule, une petite mamie toute frêle qui doit frôler les quatre-vingt printemps. Elle est là, abritée sous le pas d’une porte d’immeuble, un gobelet à la main. « Une petite pièce s’il vous plaît, une petite pièce ! » demande t’elle d’une voix timide. Un frisson vous traverse alors tout le corps. Qu’est-ce qu’elle fait là, toute seule, à mendier ? Elle devrait être avec sa famille ou dans une maison de retraite.

Malheureusement, peu de gens semblent touchés par cette pauvre grand-mère. L’habitude de croiser l’insalubrité à tous les coins de rue nous a sans doute appris à fermer les yeux. Mais, pour ceux qui osent encore regarder la misère en face, en croisant cette vieille dame, une pensée nous traverse l’esprit : « cette grand-mère pourrait bien être la notre! » Enfin, pas tout à fait car la notre nous la chérissons et ne la laisserons jamais tomber !

Pourtant, cette vieille dame a certainement eu des enfants un jour, qui en ont eu à leur tour…Alors comment a-t-elle pu en arriver là ? Comment se fait il que des gens qui ont travaillé toute leur vie, ne profitent pas de leur dernières années à l’abri du froid et du besoin, au lieu de les passer à quémander quelques pièces et à dormir sur un coin de trottoir ? Voir une mamie finir ses jours ainsi ça vous arrache le cœur. Aujourd’hui, les personnes âgées représentent 2 % des sans-logis. Ce n’est certes pas énorme, mais c’est déjà beaucoup trop. Sur les 86 000 sans domicile fixe que compte la France (selon une enquête de l’Insee de 2001), les plus touchés restent les hommes seuls et sans emploi, suivis de près par les femmes divorcées. Les jeunes de 16-25 ans font également leur entrée dans la course à la précarité, (à noter d’ailleurs que 22% d’entre eux sont de jeunes diplômés). Désormais, nul n’est à l’abri de la rue .

Il n’y a pas d’âge pour vivre dehors, c’est quelque chose d’inacceptable pour tout le monde. Mais lorsque l’on croise un SDF de 18 ans, on se dit qu’il ne fait pas son entrée dans la vie par la plus belle des portes. Il n’a encore rien commencé qu’il a déjà tout perdu. Pour les personnes âgées, en plus de leur vulnérabilité physique, il y a qu’après tant années passées sur cette terre, elles doivent avoir le cœur bien lourd de se voir finir ainsi seule et démunie.

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